vendredi 7 décembre 2012

Loïc Costerg, pilote de l'équipe de France : "Le bobsleigh, c'est une véritable fête foraine"

Loïc Costerg © Rodrigue Mériaux
Jusqu'au 16 décembre, La Plagne organise des épreuves de Coupe d'Europe et de Coupe du monde de bobsleigh sur l'unique piste française, celle des JO de 1992. Il y a du B2 (bob à 2) et du B4 (bob à 4).

Une personne vit cet événement d'une manière particulière : Loïc Costerg. Natif de la station, et pilote de l'équipe de France, le jeune homme de 25 ans connaît bien les lieux. Mais, ayant à cœur de bien faire devant sa famille et ses amis, il doit gérer une pression accrue. Ouf, cela a bien commencé, hier, avec une 4e place dans la deuxième course de Coupe d'Europe (présentation ici). Interview.



 Team Costerg © Rodrigue Mériaux
Foncer sur une piste glacée dans une coque de métal. Voilà le principe du bobsleigh. Très spectaculaire de l'extérieur. Mais de l'intérieur ? Loïc Costerg est fan des sensations fortes que ça provoque.

« C'est exactement comme dans un grand 8. Plus on descend, plus on accélère et il est interdit de freiner avant la fin. La vitesse, ça donne le vertige au début d'une carrière de pilote. Puis on s'y habitue. Ensuite le plaisir vient surtout de la recherche des trajectoires. Cela dit, ce n'est pas confortable. Les pousseurs sont assis directement sur la carrosserie, sans mousse, ni dossier. Ils ont la tête baissée pour supporter la pression des virages. Et le bruit, très fort à 130 km/h, reste très impressionnant. Mais c'est quand même une véritable fête foraine ! C'est incomparable… » 
© Rasta Rockett

La principale image que j'ai de ce sport, c'est "Rasta Rockett". Quand je l'évoque, Loïc trouve ce raccourci un peu injuste. 
« Le côté positif, c'est que ce film a eu du succès et que, grâce à lui, les gens connaissent notre sport. Mais le négatif, c'est que ça donne une image légère d'un sport de loisirs. Alors que nous, nous revendiquons notre professionnalisme. »

Enfin, professionnel, pas vraiment. En France, on ne vit pas du bobsleigh. Seuls les bobeurs des grosses nations (Allemagne, Canada, Russie…) ont des statuts équivalents à ceux des skieurs : sous contrats avec des administrations (police, par exemple), ils sont détachés pour le sport de haut niveau et soutenus par une fédération solide et des sponsors… Loïc et ses coéquipiers, eux, restent loin de ça.
« On travaille ou on est étudiants. Moi, je suis technicien forestier. Je pars en compétition sur mes congés payés ou sans solde. Pour l'instant, le soutien de notre fédération est flou… Le bobsleigh français était dans un trou noir après 2006. Nous revenons depuis 2 ans seulement. Et on ne voit pas clairement où est l'aide de la fédé. »

Team Costerg © Rodrigue Mériaux
Si Loïc parle de professionnalisme, c'est parce que le bobsleigh demande un énorme investissement. Pour 4 mois de compétitions, de fin octobre à fin février, c'est 8 autres mois de préparation. 
« Le bob, c'est un sport mécanique et très physique. Il exige un parfait équilibre entre 3 aspects : la qualité du matériel, la poussée et le pilotage. »

Le matériel est en constante évolution. Il ne faut pas se laisser larguer.
« L'aérodynamique s'améliore d'année en année. Les carrosseries, les châssis ou les gommes subissent des révolutions incessantes. Mais, avec le monopole de certains fabricants, cela coûte très cher : un B2 neuf vaut 60 000 euros, un B4 vaut 90 000 euros, sans les patins. Nous, quand on n'a pas les moyens, on fait du neuf avec du vieux ! On profite souvent de la fin de saison pour effectuer des tests et améliorer notre matériel. »

© Rodrigue Mériaux
La poussée se joue d'abord avec le choix de l'équipage sur des critères physiques de vitesse et de force. Un physique qu'il faut entretenir.
« Les pousseurs ont tous moins de 26 ans. Ce sont des athlètes de bon niveau qui courent le 100m en moins de 11 secondes. L'été, nous travaillons notre forme : sprint, musculation. On répète les poussées avec un chariot, sur un rail, sur une piste en tartan. »
Le poids lui fait partie intégrante du règlement. Au total, un B2 ne doit pas dépasser 390 kilos, un B4 ne doit pas dépasser 630 kilos. 
« En descente, plus le bob est lourd, plus il va vite. Mais si nos corps sont trop lourds, on pourra moins lester le matériel et ça pose problème pour la sécurité. Bref, le juste milieu, c'est d'avoir un poids de 100 à 105 kilos. »

Faut-il être amis pour être performants, en bob ?
« Il vaut mieux ! L'hiver, on passe quand même 4 mois ensemble, presque 24 heures sur 24. Notre force collective compense largement nos lacunes physiques par rapport à nos concurrents. Les pousseurs viennent du même club d'athlé, à Grenoble, où ils pratiquent le relais. On a aussi embauché un franco-italien avec qui le courant passe bien. Tout cela nourrit la confiance entre nous. Or, la confiance, ça s'avère très important en bob. »

© Rodrigue Mériaux
Reste le dernier aspect, le pilotage. Cette responsabilité (c'est le pilote qui marque les points en compétition) incombe à Loïc. Principale exigence : la bonne connaissance des tracés.
« B2 et B4 confondus, le règlement permet au maximum 6 descentes d'entraînement. Et on ne part pas tout de suite du sommet… Donc on fait peu de descentes complètes. Il faut impérativement avoir reconnu le tracé avant, en le parcourant à pied ou à l'aide de vidéos. Je l'apprends par cœur et j'élabore un plan, idéal, que je répète avant le départ. Mais ensuite, si j'aborde un virage différemment que prévu, je m'adapte, je sors le plan B !»  

Loïc, le plus âgé de l'équipage, est le premier à avoir pratiqué le bob. Il cumule donc 2 mandats : pilote et capitaine de l'équipe. Des rôles qu'il endosse avec lucidité.
« L'expérience est fondamentale pour piloter en toute sécurité. Il faut attaquer une descente seulement si on y est préparé. Si on maîtrise la vitesse, il n'y a pas de danger, les grosses chutes sont rares. Mais si on ne s'en sent pas capable, on n'y va pas. Il n'y a pas de mal à renoncer. »


1 commentaire:

  1. Un bel article pour une discipline qui m'a toujours impressionné mais qui n'est pas assez mis en avant.
    Une vrai passion pour ces français...

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