mardi 5 juin 2012

Avant le match Tsonga-Djokovic


« J'ai grandi ». Il y a 13 jours, quand j'ai interviewé Jo-Wilfried Tsonga avant Roland-Garros, c'est la formule qu'il m'a le plus répétée. Comme si la maturité, principalement acquise durant cette dernière année sans entraîneur, était devenue à 27 ans son atout principal, LA qualité à revendiquer. S'il avait éliminé prématurément du tournoi,  cette revendication aurait fait pschiiiit… 

Mais voilà, Jo a atteint son premier quart-de-finale porte d'Auteuil. Enfin un rang qui correspond à son statut de n°5 mondial! Au fur et à mesure des tours, les tricolores en qui étaient placés les plus grands espoirs (Simon, Gasquet) ont été éliminés. Alors les points forts de Tsonga, dernier des Mohicans, ont été davantage perçus. 


• Un physique affuté. Son image liée à Kinder Bueno a beau lui coller à la peau, le joueur d'1,88m et 91 kilos n'est pas lourd de chocolat mais de muscles. Envolée l'image de l'adolescent pataud. Jo est un homme impressionnant. Ses mensurations, ajoutées à sa résistance, engendrent désormais ces commentaires : «qu'est-ce qu'il dégage!» «il fait peur»… 

• Un mental solide. Le Jo d'il y a quelques années s'énervait, ruminait beaucoup sur le terrain à chaque frustration, dans une sorte de spirale négative… Il a gommé peu à peu ce défaut, qui ne revient que par intermittence. Désormais, il est plus zen. A Roland, il a, par exemple, été parfait de lucidité contre le fantasque Fognini. Il a surtout lutté contre son trac lors des derniers jeux du 8e, hier, contre Wawrinka. Son charisme s'étoffe aussi : souriant, jovial, Tsonga sait mobiliser le soutien du public et s'en nourrir.

• Un esprit combattif. Amoureux de la nature, Tsonga se décrit comme un paysan du tennis. Il faut dire qu'il a creusé son sillon dans ce sport comme on laboure la terre, avec patience, dans l'espoir d'avoir un jour ou l'autre une belle récolte. «Je crois en ce que je fais depuis que je suis tout jeune, je me bats, a-t-il déclaré hier. J'étais bon mais je n'ai jamais été le plus doué de ma génération. Je n’ai jamais été le joueur qui avait le plus de talent. Je donne tout ce que j'ai et j'espère que cela va continuer à me sourire comme ça me sourit depuis quelque temps. »

• Quelques coups de génie. Tsonga n'a pas le jeu le plus esthétique à Roland-Garros. Il a raté presque toutes ses amorties… Mais quand les conditions le favorisent (temps sec et court rapide), il sort des services et des coups droits redoutables.


Soudain, celui qu'on disait meilleur sur le dur, et limité sur terre battue, se retrouve donc favori d'une partie des spécialistes pour sa confrontation avec Djokovic, n°1 mondial, cet après-midi. Faut-il y croire ?
Sur le papier, le Serbe est meilleur. Brouillon, il n'a cependant pas été au meilleur de sa forme depuis le début du tournoi. Mais il a justement la volonté de se rattraper et une évidente marge de progression. On y rajoute son talent, son expérience du très haut niveau, son défi historique d'enchaîner 4 finales de Grand Chelem… Il est favori. 
Mais, en face, Jo a la tête dure. « Quand j'ai décidé que je ne voulais pas y aller, je n'y vais pas. Et si j'ai décidé d'y aller, je ne lâche pas », me disait-il en interview. Il n'a rien à perdre et considère qu'il n'aura pas trop de pression. « Je vais me jeter dans la bataille comme un lion. On verra ce que cela va donner. Je vais tout faire pour donner à Djoko un maximum de fil à retordre », a-t-il annoncé hier en conférence de presse.
Donc si ma raison parie sur Djoko, mon cœur et mes espoirs se portent sur Jo. 

© Pauline Leroy - le 24 mai à l'entraînement à RG

1 commentaire:

  1. On aura eu le droit à du spectacle même si l'issue est décevante pour le Français... mais il nous aura fait rêver jusqu'au bout, espérons le revoir à un tel niveau très rapidement pour ne pas ressasser ce souvenir trop longtemps

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