lundi 28 mai 2012

Arnaud Clément n'a pas dit son dernier mot



Lundi 28 mai, Roland-Garros, court n°1. Rituels en série. Arnaud Clément retire ses lunettes de soleil pour s'essuyer le visage. Il attend que les spectateurs soient assis et silencieux pour servir. Il guide les gestes des ramasseurs : "la serviette d'abord, les balles après". Il met un polo sec et de couleurs différentes à chaque set. Il fait descendre plusieurs fois l'arbitre de sa chaise pour vérifier les marques. Il souffle très bruyamment entre chaque coup pour soulager son organisme. Aujourd'hui, encore moins que d'habitude, il ne faut pas se louper. Si le Français perd ce premier tour, il dira définitivement adieu à la porte d'Auteuil. "La Clé", 34 ans, prendra sa retraite en fin de saison. Ce Roland-Garros, son 15e, est donc son dernier. Alors, un peu comme le faste embellit les grandes cérémonies, c'est maniaque et perfectionniste qu'Arnaud Clément aborde ce match et qu'il contrôle sa concentration. 

Son adversaire est un Russe, Alex Bogomolov Jr, bien meilleur sur le papier : n°46 mondial vs n°139. Mais Clément a un énorme atout : sa résistance physique. Son jeu de jambes, digne d'un jeune premier, lui permet d'aller chercher toutes les balles. Sa technique, carrée, lui fait enchaîner quelques jolis coups, dont des amorties bien senties. Arnaud s'offre la première manche sans souci et même un petit moment de gloire au début du 2e set en abattant 4 aces pour un jeu blanc ! Le sourire sur le visage du Russe est clairement un rictus d'écœurement et d'impuissance.

Tous ces efforts ont un coût pour Arnaud : un passage à vide. Il perd les 2e et 3e sets. Cela devient soudain flagrant que Bogomolov a six ans de moins. Mais le Russe n'est pas non plus un cador… Très vite, avec le vent qui apaise la chaleur et la foule qui remplit les tribunes, Clément retrouve son énergie. Il sauve une balle de match et s'impose dans le tie-break du 4e set. 

La dernière manche est digne de son décor, ce court n°1 en forme d'arène. Les 2 joueurs bataillent comme des lions. Bogolomov se fait masser le bras droit. Avant de breaker. Clément raidit. Avant de débreaker. Devant un public perdu mi-euphorique, mi-tétanisé, les 2 joueurs sont au bout de l'effort. Je te tiens, tu me tiens par la crampinette, le premier de nous deux qui craquera… sera finalement le Russe. A un point de la fin du match, terrassé par une crampe de trop, il revient s'asseoir et laisse, après 4 heures et demie de duel, Arnaud Clément vainqueur sur "abandon" : 6/2, 3/6, 4/6, 7/6, 5/4.

Le Français n'a donc pas dit son dernier mot aujourd'hui. Il annonce au public qu'il "sera en forme dans 2 jours". On se demande si l'émotion du deuxième tour pourra égaler celle du premier. Quant à moi, je ne peux pas écrire que j'ai vu le dernier match d'Arnaud Clément à Roland-Garros. Mais je peux écrire que j'ai vécu l'une de mes plus belles émotions sportives, un combat de guerriers, un combat de géants. Arnaud, lui, a raison d'être fier : "Le sport, ce n'est pas comme ça que ça marche, mais je trouve que c'est une belle récompense sur mon dernier Roland de pouvoir gagner un match comme ça dans une telle ambiance et devant de nombreux membres de ma famille et des personnes du monde du tennis. Quand on est porté par le public, on a aussi envie de gagner pour lui. Aujourd'hui, je suis content d'avoir réalisé ça pour moi, ma famille et les gens."

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