mardi 3 avril 2012

Christophe Lemaitre : "Je suis modeste, banal, normal, simple"

© Pauline Leroy
Lundi dernier, j'ai interviewé Christophe Lemaitre à Aix-les-Bains, la ville où il vit. La rencontre a eu lieu à l'hippodrome, où le sprinteur s'entraîne une partie de la semaine sur herbe, pour moins traumatiser tendons et muscles… et pour profiter de la fraîcheur de la verdure ! 
J'ai adoré cette rencontre. Christophe est introverti, presque mutique, et plutôt solitaire… C'est aussi un très beau jeune homme, au regard malicieux et au sourire ravageur. Tout cela le rend très attachant, et surtout fascinant.
Comment cette crevette physique, nonchalante et peu impressionnante à l'entraînement, peut-il devenir un champion aussi performant ? Justement parce que son silence et sa réserve forment une carapace très solide… Voici mon article paru aujourd'hui dans le journal l'actu.

© Pauline Leroy
RAPPEL DE SON CV
L’athlète français Christophe Lemaitre, 21 ans, a été médaillé de bronze aux Mondiaux 2011, sur 200 mètres. C'est la discipline où il est le meilleur et sûr de s’engager aux Jeux olympiques de Londres. Il détient le record deFrance en 19"80. Mais le sprinteur brille également au 100 m : il a fini 4e des Mondiaux 2011.  Il en détient aussi le record de France en 9"92.   
Le sprinteur reprendra la compétition en mai. Avant les JO (épreuves d'athlé du 3 au 12 août), il participera aux Interclubs, à quelques meetings (dont Rome le 31 mai), aux Championnats d’Europe et aux Championnats de France.

 Plus à l'aise pour poser que pour parler ! © P. Leroy
SA TIMIDITÉ
«Il est dans sa bulle». L’attachée de presse de Christophe Lemaitre nous prévient. Il est timide depuis l’enfance : «Il n’a presque pas parlé avant ses 11 ans.» La communication n’est pas son fort. «J’accepte les interviews par obligation, reconnaît-il. Si je pouvais m’en passer, je le ferais.» Après une course, l’adrénaline aidant, l’athlète se montre plus bavard pour l’analyse technique. À voir son sourire quand arrivent ses copains, même s’il reste solitaire pendant l’entraînement, on l’imagine drôle et détendu en privé. Mais là, en tête-à-tête face aux médias, parler de lui le rebute. 
SON MENTAL
Cette timidité risque-t-elle de  lui poser des problèmes, un jour ? «Je ne crois pas, répond Pierre Carraz, son entraîneur de 72 ans. Au contraire, c’est sa force. Dans la chambre d’appel, où les coureurs peuvent attendre jusqu’à 45 minutes avant une course, c’est cette bulle qui déstabilise ses adversaires…» Selon lui, le mental s’impose comme le principal atout de Christophe. «Il ne doute pas, contrairement à d’autres, comme le Jamaïcain Asafa Powell.» Christophe approuve. Même s’il sera encore plus mûr en 2016, il est persuadé de pouvoir «faire un gros coup» dès cette année aux JO. «Je suis très mauvais perdant, justifie-t-il. L’échec m’énerve: je jure, je crie. C’est unique. Certains rêvent de briller sans avoir cette envie absolue de ne pas perdre. Moi je l’ai.» 

Une haltère de 17 kilos dans chaque main… © P. Leroy
SON PHYSIQUE 
Si le mental est donc un acquis, ce n’est pas le cas du physique. «Déjà, Christophe a un gros défaut : une alimentation pas adaptée. Il ne mange ni fruits ni légumes, peste Pierre Carraz. Sinon, il a progressé en musculature mais pour l’instant, il reste moins fort que ses adversaires.» Christophe a 2 particularités : un grand gabarit 
d’1 m 90 (avec de longues jambes) et la raideur. «Un défaut qui devient une qualité, précise l’entraîneur, car on ne recherche pas la souplesse pour le sprint. La raideur de ses chevilles l’aide à rebondir sur la piste…» 

© Pauline Leroy
SON ENTRAîNEMENT
Christophe est réputé pour ses mauvais départs. «Mais ça se travaille en répétant la poussée sur les starting-blocks et en développant la masse musculaire», relativise Pierre Carraz. Au programme, 2 heures d’entraînement quotidiennes, entre 18 et 20 h. Alternent donc la musculation, du travail de vitesse, des séances sur piste sur des longueurs de 60 à 150 m et d’autres de 150 à 250 m. Christophe n’apprécie pas les distances plus longues : «Trop fatigant…  De toute façon, au-dessus de 100 m, je n’aime pas !», plaisante-t-il.

SON GROUPE
Christophe collabore avec Pierre Carraz depuis 2005. «Il est docile, il pige vite. Il dit souvent non, mais il le fait quand même», raconte le coach. Leur groupe peut réunir jusqu’à 30 athlètes. «L’esprit de club rend les entraînements plus amusants…», dit Christophe. Il y a quelques années, il a refusé une offre d’un grand club parisien. À Aix-les-Bains, au milieu des montagnes, l’environnement sain et familial colle avec ses valeurs.

Christophe est à l'aise devant les objectifs…
Pour cette séance avec Marcel Hartmann pour
Sport&Style de février 2012, il n'a fallu qu'un peu
de musique et 2 heures de pose !
SON IMAGE
Ces mêmes valeurs le guident quand il doit choisir un sponsor ou un partenaire avec qui signer : «L’image qui me correspond ? Quelqu’un de modeste, banal, normal, simple, qui ne se prend pas la tête». Pourtant, il a fait des photos de mode, très belles : «Parce qu’elles ont été retouchées», ment-il en riant. La frime, ce n’est pas son truc. Le luxe non plus : «L’argent, je m’en fous. Je n’en dépense pas beaucoup.»   


ET EN DEHORS DE L'ATHLE ?
Sport. «Avant de me consacrer à l’athlétisme, j’ai fait du foot, du hand, du rugby, pour être avec les potes. J’assiste à des matchs de hockey sur glace. J’aime parce que c’est “bourrin”. Mais je ne pratique pas, parce que ce genre de coups, je préfère les voir que les recevoir !»
Jeux vidéo. «J’aime tous les styles. En ce moment : Battlefield III.»
Ordinateur. «Je gère moi-même mon facebook (Christophe Lemaitre Officiel) et mon site  (http://christophelemaitre.com). J’essaie aussi de répondre à tous les courriers que je reçois.»
Études.  «Elles me donnent un bagage… mais ce n’est pas ce que je préfère ! Je suis en DUT génie électrique et informatique industrielle. Une filière de 2 ans que je ferai en 3 ou 4… J'allais en cours à la fac d'Annecy tous les matins, pour 3 ou 4 heures. Mais depuis cet hiver et jusqu’aux JO, j’ai suspendu ces cours, qui prennent trop de temps.»


Vidéo : Pauline Leroy, montage et commentaire : Ugo Emprin, source : www.monquotidien.fr

1 commentaire:

  1. J'aime la mentalité de cet athlère qui parait en effet assez simple...
    J'espère qu'il fera un beau résultat aux JO, il en a la capacité, mais il va falloir qu'il se donne à fond...

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