samedi 10 septembre 2011

Morgan Bourc'his : "J'ai effectué mes plus belles plongées à Marseille"

Morgan Bourc'his, né en 1978 à Tours, a découvert l'apnée assez tardivement,
en 1999, en s'y intéressant pour ses études universitaires. Depuis 2005, il est devenu un des piliers de l'équipe de France, avec qui il a été sacré champion du monde 2008. Il est sélectionné pour les Mondiaux individuels de Kalamata, en Grèce (15-25 sept).
Ses records : 83m en poids constant et 80m en poids constant sans palmes (mise à jour : ce dernier record a été établi ce lundi 12 septembre en Grèce!).
Lisez son interview, une véritable déclaration d'amour à Marseille où il vit désormais. 




archipel de Riou
= Comment t'es-tu entraîné cet été ?
Intensément, en plusieurs micro-cycles entrecoupés de repos. J’ai passé la première quinzaine de juillet à Marseille pour un gros travail physique, tout en sortant beaucoup en mer. Nous avons eu la chance d’avoir une très bonne météo. Puis je suis parti en vacances tout en gardant un travail foncier d’entretien. Début août, j’ai repris ma préparation, mais je me suis blessé au poignet. J’ai dû travailler différemment en musculation pendant quinze jours et j’ai accentué le travail en mer sur la grande profondeur, mais qu’avec les palmes pour ne pas trop solliciter mon poignet. Enfin, j’ai pu me resservir complètement de mes bras. 

= Au final, comment te sens-tu à l'approche des championnats ? 
Malgré mon petit problème physique, je ne suis pas mécontent de ma préparation! Je me sens plutôt prêt. J’ai beaucoup progressé dans la compensation au delà des 80m, une zone difficile pour moi pendant de nombreuses années.

= Tu as déjà beaucoup d'expérience en championnats ? Que recherches-tu en participant à nouveau ? 
C’est mon huitième championnat du monde, que ce soit en individuel et par équipe. L’ambiance en équipe de France a toujours été extraordinaire. Mais un championnat individuel est plus personnel. On concourt vraiment pour soi. A Kalamata, je souhaite aller au-delà des 90m en poids constant. Mais mon objectif principal est clairement le poids constant sans palmes. Ancien nageur spécialiste de la brasse, j’ai des facilités techniques et c’est très important dans cette discipline pour être économe et efficace. Comme j’ai beaucoup progressé en compensation profonde, j’espère rester dans le top 5 mondial (j’étais 4e en 2009) et me situer vers 85m. C’est ma discipline de prédilection et celle où je peux faire les meilleurs résultats. Il est vrai que le niveau général progresse… mais moi aussi!

descente en eau libre, Impériaux de Marseille
= Pour toi l'apnée a d'abord été une passion scientifique. Désormais, quel aspect te passionne le plus : l'émotion ou la technique ? 
Cela dépend du type d’apnée que j’effectue. Lorsque je m’entraîne le long du câble, je suis focalisé sur des points techniques, qui évoluent en fonction du moment de la plongée : immersion avec le canard, palmage de décrochage, palmage d’entretien, chute libre, virage, remontée avec  différentes phases de palmages et une évolution dans l’apnée qui devient moins confortable, etc… Mais cela ne m’empêche pas de pouvoir lâcher prise : un jour, on est d’avantage prêt, les conditions météo sont excellentes et on peut alors aussi ressentir un immense bien-être sur des plongées profondes donc plus engagées. 
Par contre, je fais aussi du snorkeling assez profond, sur des tombants, des épaves ou des grottes à Marseille. Des sites connus des plongeurs en bouteille et qui peuvent dépasser les 50m. J’ai pu vivre des sensations extraordinaires en glissant le long de tombants profonds avec le défilement du paysage dans mes yeux et le fond qui m’aspire, le tout dans un état presque second. Ces plongées sont les plus importantes pour moi en terme d’expérience sous l’eau et elles font partie réellement de mon entraînement. 
J’ai le projet de plonger jusqu’au bas de l’Impérial du large à Marseille, un site magnifique et très sauvage. Je souhaite le faire sans câble, le long du tombant. Il faudrait d’abord que j’organise la sécurité, que je fasse des repérages en bouteille car on peut aller quasiment jusqu’à 75m je crois et le dernier tiers est moins vertical.

= Tu voyages beaucoup pour plonger… Quelle importance le décor a-t-il ? Quel est ton endroit préféré ?
Finalement je n’ai jamais voyagé dans le but de plonger uniquement pour le plaisir. Il y a toujours un prétexte sportif. Peut-être que si j’avais plus de temps libre, je le ferais. J’ai vu des endroits merveilleux en mer Rouge, au Japon, aux Bahamas, dans l’océan Indien. J’ai pu approcher des requins. Je suis très heureux de partir en Grèce, car je vais aussi faire de l’exploration en apnée là-bas. Et puis il y a plein de sites que je ne connais pas. 
Mais je crois que malgré tout, j’ai effectué mes plus belles plongées à Marseille. Bien sûr, il n’y a pas de poissons tropicaux, mais on y croise des dauphins, des bancs de thons qui vous entourent pendant les entraînements. Il y a des épaves, des grottes, du corail rouge, des tombants vertigineux tapissés de gorgones. Il y a une ambiance avec les Calanques, une lumière. Passé le cap Croisette au sud de Marseille, on quitte une agglomération d’un million d’habitants pour se retrouver dans un endroit très sauvage et puissant. Un endroit qui se mérite, car les conditions y sont parfois difficiles avec le vent et l’eau qui peut être à 14° en plein mois d’août. Mais je crois que c’est quand même dans cet environnement que j’ai eu le plus d’émerveillement.

Pour suivre Morgan 
• Son site officiel : http://www.morganbourchis.com/
• Son club : http://massiliasub.free.fr/index.html


© Toutes les photos : Morgan Bourc'his

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