dimanche 26 juin 2011

à 6h du matin, on frappe à ma porte : "faites pipi dans le bocal"


Les champions subissent évidemment des contrôles antidopage lors des compétitions. Mais toute l'année, ils sont susceptibles de subir des contrôles inopinés et doivent se tenir au courant des lois et des listes de produits interdits. Quelles contraintes cela implique ? 



L'obligation de localisation
Le principe ? Un sportif de haut-niveau en activité a toutes les chances d'intégrer le «groupe-cible» des agences antidopage nationale et internationale. Il a alors une «obligation de localisation». 
Avant le début de chaque trimestre, il doit déclarer, pour chaque journée, ses lieux exacts d'entraînement, d'activités secondaires ou de résidence… Plus précisément, il doit donner un créneau d'1 heure où il sera effectivement à l'endroit indiqué. Le système internet qui permet de faire cette déclaration en ligne s'appelle ADAMS (anti-doping administration and management system). Il permet des mises à jour régulières.
Mais gare aux négligences. Trois absences lors de contrôles inopinés… et ce serait la sanction, équivalente à celle d'un résultat positif !


Quelques chiffres
- place environ 500 sportifs  tricolores en groupe-cible : 200 en sports collectifs et 300 en sports individuels.
- organise près de 10 000 contrôles par an.
- coordonne 35 agences nationales.
- récolte ainsi plus de 270 000 résultats d'analyses individuelles par an. Les 2/3 viennent de sportifs évoluant dans les disciplines olympiques.
- 5 000 de ces analyses sont positives, 65% l'étant aux anabolisants.


Témoignages




• Sébastien Rouault
Nageur de demi-fond (400-800-1500 m), double champion d'Europe 2010, il fait évidemment partie du groupe-cible. 
Il subit 3-4 contrôles inopinés par an. Il nous raconte le dernier en date, le mois dernier.
« J'avais donné le créneau 6h-7h parce que c'est plus facile de ne pas le manquer. J'étais chez mes parents. 
A 6h un lundi matin, deux contrôleurs, un homme et une femme, ont sonné à ma porte. Ils avaient une carte pour s'identifier et un papier officiel. J'ai rempli un formulaire. Puis je suis allé aux toilettes avec l'homme et j'ai fait pipi dans le bocal. Le flacon a été ensuite scellé. J'ai récupéré un document à garder. Et voilà! Je trouve que le choix du moment de ces contrôles manque parfois de pertinence. Une fois, on a été contrôlés à 6h un matin le lendemain d'une fête de fin de compétition… on avait à peine dormi… ça n'a pas beaucoup de sens !» 
• Bolade Apithy
L'escrimeur a été en groupe-cible en 2008, année des JO. Depuis il n'a plus l'obligation de  localisation. Mais il est contrôlé 5-6 fois par an en compétition.
« Il faut que l'urine ait un pH correct et qu'elle ne soit pas trop diluée, sinon tu dois recommencer. Ensuite tu la verses dans 2 bocaux numérotés : le premier pour le dépistage et le second pour faire un second test si nécessaire. Une fois, j'ai mis 3 heures pour avoir la bonne dose et la bonne concentration d'urine. Au départ je n'avais pas fait assez, donc je me suis mis à boire pour avoir envie. Mais trop d'eau tue le pipi! Pas assez concentré, donc trop clair, donc pas bon, donc obligé de manger et d'attendre… Bref, le truc interminable qui saoûle bien après une compétition!!!»
• Julien Lizeroux
Deuxième slalomeur mondial en 2010, 2 fois médaillé d'argent aux Mondiaux 2009, a fait partie du groupe-cible ces dernières années.
«J'ai un avis bien tranché sur la question ! Dans le ski, la lutte antidopage est la dernière des choses importantes. Il y aurait de grands progrès à faire ! 
J'ai gagné 3 slaloms de Coupe du monde et je n'ai jamais été testé. L'an dernier à Kitz, j'ai été contrôlé après la descente en ayant terminé à 5 secondes du vainqueur mais je n'ai pas été contrôlé le lendemain où j'ai fini 2e du slalom !! Sans commentaire… 
Et je n'ai jamais subi de contrôle inopiné. 
En fait, un contrôle antidopage c'est beaucoup de paperasse et peu d'action. On remplit les formulaires, on choisit les flacons sous vide… et on va faire pipi avec un monsieur qui nous surveille. Le caleçon bien baissé jusqu'aux chevilles et le t-shirt bien remonté jusqu'au nombril. Et avec des miroirs partout pour qu'on ne puisse pas tricher!»
• Ophélie David
7 fois championne du monde de skicross, plusieurs fois médaillée aux XGames. 
«Je suis contrôlée environ 3 ou 4 fois par an, essentiellement en compétition. Je fais partie du programme de suivi longitudinal de la fédé, ce qui implique des prises de sang (2 fois par an) et des examens genre VO2… Il y a aussi ADAMS, que je trouve contraignant : bien souvent, je ne sais pas où je serai dans trois mois ! Il faut le mettre à jour, mais ce n'est pas si simple. J'ai été contrôlée une seule fois inopinément, à la maison, avant les JO.»

Les médicaments
Les sportifs doivent aussi éviter de commettre des erreurs quand ils soignent leurs petits maux… pour ne pas prendre des médicaments qui contiennent des produits interdits. Une vigilance de tous les jours!
Sébastien Rouault : «Je ne fais aucune automédication. Dès que je dois prendre un traitement, j'envoie un texto ou un mail aux médecins de la fédé pour m'assurer que je peux…»
Ophélie David : «Le médecin de la fédé me dit ce que j'ai le droit de prendre ou non. Mais le plus simple est de se soigner par l'homéopathie, là je suis sûre que c'est ok. Sinon, en pharmacie, à chaque fois je demande si c'est sur la liste des produits dopants et je lis bien la notice».
Julien Lizeroux : «On est bien entourés par nos médecins. Mais il est important pour nous de toujours contrôler nos traitements… car c'est nous seuls les responsables…»

© Photos tirées des profils facebook de S. Rouault et B. Apithy - © P. Leroy

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