mardi 27 juillet 2010

Le randonneur du ciel


«J'avais juste envie de voler». Franck Arnaud, parapentiste français, évoque sa dernière aventure, qui date de samedi. Décollage de Champaubert (Marne) à 14h30. Atterrissage à Louesme (Côte d'Or) à 18h20. Soit 4 heures et demi dans les airs pour parcourir 135 kilomètres. Pour Franck, ce n'est pas un exploit : des trajets plus longs, il en a déjà réalisé une trentaine! L'an dernier, il a même battu le record de France : 9 heures, 328 kilomètres. C'est à ce moment-là que j'ai contacté Franck la première fois et découvert le parapente des plaines.

Cette discipline efface l'image classique de sa cousine des montagnes : départ en altitude et arrivée dans la vallée quelques minutes plus tard. Là, il s'agit de voyager dans les nuages! Le secret : avoir de l'endurance et jouer avec les «thermiques» (colonnes d'air chaud ascendant) pour monter-descendre-monter-descendre… et, ainsi, avancer comme un yoyo pendant des heures. Pratiquer ce sport s'accompagne d'anecdotes croustilllantes qui vont du «comment je fais pipi dans les airs» à «comment je fais du stop pour me faire ramener à mon point de départ» ou «comment je dors dans une gare pour attendre le premier train du lendemain»…

Plus poétiquement, un reporter de TF1 a appelé Franck «randonneur du ciel». Un joli surnom pour un oiseau qui est aussi un peu geek : addict des sites Internet de météo, guetteur des vents, connaisseur des cartes de couloirs aériens… Franck s'est investi et a donné beaucoup de son énergie au quotidien pendant 10 années pour attendre la journée idéale, celle où toutes les conditions de l'exploit sont réunies, celle qu'il ne faut pas râter. Du coup, une fois son record établi le 22 juin 2009, il a lâché prise et… beaucoup moins volé !

La sortie de samedi a donc sonné pour Franck comme un retour au plaisir pur. Il n'avait plus volé depuis un mois. «J'avais des fourmis dans les ailes», raconte-il. Il savoure les moments qu'il a vécus et semble ravi de les partager. Extrait de son récit : «L'immense lac de la forêt d'Orient (quasiment la taille de celui d'Annecy) est à l'ombre, mais une demi-douzaine de petits voiliers filent à bonne allure, poussés par un vent de nord. Je passe à la verticale du lac, j'en profite pour prendre quelques photos. C'est une sensation spéciale de survoler une telle étendue d'eau, j'ai l'impression d'être à une altitude vertigineuse. En tout cas c'est dépaysant!» Les paysages de vignes, la rencontre avec deux milans en plein combat aérien et surtout, une ambiance de fin du monde avec un ciel très couvert, vont finir de rendre cet après-midi inoubliable. «Au point de vue purement sportif, ce vol n'a rien d'exceptionnel, conclut Franck. Mais je n'avais jamais effectué un aussi long vol sans voir le soleil...»


© Photos de Franck Arnaud.

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