samedi 8 mai 2010

Popo chez les poids lourds (2/3)

Comment la boxe m'a mise KO


La force du folklore. L'entrée des boxeurs sous les «hourras» réclamés par le speaker, la musique à fond. Leur avancée vers le ring, en agitant déjà les poings. Pour certains, le peignoir, un habit de lumière aussi inutile que ridicule ! Puis les projecteurs sur le "carré magique". Les regards noirs, l'intimidation. Et c'est parti. Les premiers coups, que j'identifie : uppercuts, crochets, jabs, directs … Les mouvements des pieds, très techniques, très travaillés. Variations, enchaînement, rapidité, amplitude… C'est de la danse ! Je trouve ça magnifique.






Moments étranges où les boxeurs s'enlacent, comme s'ils se reposaient cou contre cou. Comme une fusion que l'arbitre vient interrompre. Il sépare les adversaires qui réattaquent de plus belle, s 'envoient dans les cordes, s'éclatent les arcades sourcilières, se frappent au sang. Ils se jaugent, tentent des coups bas, changent de rythme, restent en garde, avancent, reculent, esquivent, feintent… C'est un jeu, théâtral et brutal. Un duo en même temps qu'un duel. Envoûtant.




Des «Oooooh», «Cogne !», «Fume-le !» ou «Arrache-lui les molaires» fusent. Le public est chaud-bouillant mais sain, discipliné, attentif. Loin des bourrins que j'imaginais. Quand toute la salle, debout, hurle d'une seule voix «Mor-meck, Morm-meck !» ou quand, au contraire, elle retient son souffle dans le silence… impossible de ne pas avoir la chair de poule. C'est une véritable ferveur, contagieuse.


Entre deux rounds. La seule note de vulgarité vient de la blonde (une pouf, comment l'appeler autrement ?), heureusement huée, qui montre le panneau indiquant le numéro de la reprise. Sur les coins du ring, les soigneurs maternent leurs poulains autant qu'ils les bousculent. Ils essuient leur front, massent leurs épaules, soignent leur visage, leur donnent à boire au biberon… Et leur gueulent des consignes que je n'entends pas, mais que j'imagine être des électrochocs. Ce face-à-face, yeux dans les yeux, me fascine. Jusqu'à cette cloche, ce "ting" marquant le retour à la guerre. «Soigneurs dehors !», annonce le speaker.


C'est reparti, pour un énième round. Les coups reprennent. Parfois, l'un plus fort que les autres sonne un boxeur. Le regard embrumé, la lucidité perdue, celui-ci vacille quelques secondes. J'ai mal pour lui et peur de le voir finir KO. Mais il se reprend. Être boxeur, c'est évidemment être capable d'encaisser. Cette force me sidère.



Le match Mormeck-Oquendo est le plus impressionnant. Des poids lourds, des bûcherons. L'Américain a des paluches immenses et une envergure de 2,03 mètres. Pour résister à ce tank, Mormeck s'applique. Les 2 corps, habillés de shorts larges et ringards, ruissellent de transpiration. Ça brille. C'est beau.

Les boxeurs s'épuisent mais ne lâchent rien. Sauf dans l'un des matchs, que l'arbitre décide d'arrêter pour "sauvegarder l'intégrité physique" d'un des concurrents, considéré en danger. Dans les autres combats, les derniers rounds sont souvent les plus spectaculaires. Comme le 10e de Mormeck, sublime d'intensité.


Fin du combat. Qui a gagné ? Les juges délivrent leurs points. L'arbitre tient dans chacune de ses mains le poing d'un combattant. Lequel lèvera-t-il vers le ciel? C'est un moment de suspense mais, bizarrement, pas le moment le plus intense. L'honneur des boxeurs s'est joué bien avant, pendant les rounds. Quand Mormeck est déclaré vainqueur, de nombreux spectateurs ont déjà commencé à descendre des tribunes. Le résultat compte, mais pas autant que la manière dont s'est déroulé le combat, pas autant que la beauté du geste. C'est ça que les passionnés retiendront. En sortant de la salle, KO par tant d'émotions, je me dis que c'est ce que je retiendrai aussi.

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